Gouvernement d’unité nationale en Israël: lutte à la Covid19 et annexion de territoires ».

Auteur : David Cohen, 26 avril 2020

L’accord d’unité nationale

Un gouvernement d’unité nationale en Israël vient d’être annoncé après trois élections en un an. Selon l’accord entre Benny Gantz, chef du parti centriste Bleu et Blanc et Benjamin Netanyahou, chef du Likoud et leader du bloc de droite/extrême droite, Netanyahou demeurera en poste pendant 18 mois et sera remplacé par Gantz pour les prochains 18 mois. L’accord devrait être conclu formellement d’ ici quelques jours après approbation des différents partis de droite et du centre formant le gouvernement d’unité nationale.


Le Cabinet est divisé en deux blocs paritaires même si le bloc de droite pro-Netanyahou est fortement majoritaire au sein de la coalition. Chacun des deux leaders aura un droit de veto sur l’agenda parlementaire. Si la cour de justice, qui doit reprendre ses travaux le 24 mai sur les accusations de corruption, fraude et abus de confiance contre Netanyahou, décide qu’il n’est plus habilité à demeurer premier ministre, l’accord prévoit qu’il y aura de nouvelles élections et que Gantz deviendra premier ministre par intérim durant la période électorale.


L’accord prévoit que Netanyahou pourra lancer le processus d’annexion unilatérale de territoires dès le 1er juillet. Il devrait compter sur une majorité claire à la Knesset pour l’appuyer s’il décidait de légiférer. Il pourrait aussi choisir la voie du cabinet, plus risquée, où le vote est paritaire.


L’accord stipule que Netanyahou et Gantz agiront « sans délai » pour poursuivre le plan de paix de Trump « en accord avec les États-Unis (EU) sur la délimitation des nouvelles frontières et sur la base d’un dialogue avec la communauté internationale…. Ce processus devrait se poursuivre tout en maintenant les accords de paix existants ».


Les obstacles à l’annexion unilatérale

Certains facteurs pourraient faire obstacle à un processus d’annexion rapide en Juillet.

Une sortie de crise du coronavirus tardive en automne en Israël et aux EU devrait nuire au projet d’annexion car elle collerait de trop près les élections américaines du 4 novembre.

Sans savoir si le projet d’annexion sera étendu sur plusieurs années ou global et applicable sur le champ, le plan Trump prévoit l’annexion de toutes les colonies représentant 30% de la Cisjordanie. Brian Reeves, porte-parole de La Paix maintenant en Israël, rappelle que l’annexion de Jérusalem en 1980 avait pris trois ans et donc le processus d’annexion pourrait prendre autant sinon plus de temps.


L’opposition des pays arabes telles que l’Egypte et surtout la Jordanie pourrait aller jusqu’ à la suspension de leurs relations diplomatiques et de leurs accords de paix avec Israël.

Des manifestations palestiniennes violentes, particulièrement à Gaza, pourraient être déstabilisantes, une fois le projet d’annexion dévoilé.


Qu’en est-il des autres opposants à l’annexion unilatérale?

Benny Gantz s’est toujours déclaré contre l’annexion unilatérale des territoires, mais sa capacité d’influencer la décision de Netanyahou sur l’annexion demeure faible car ce n’est pas la force du « dialogue » avec la communauté internationale qui va renverser l’appui de Trump à l’annexion.


L’opposition anti-annexion à la Knesset et chez les ONG israéliennes de gauche est minoritaire et insuffisante pour arrêter le projet d’annexion. Selon La Paix maintenant en Israël, « l'annexion de territoires sans accorder les pleins droits de citoyenneté aux millions de Palestiniens qui seraient maintenus dans des enclaves nominalement autonomes mais sous le contrôle d'Israël, signifierait la fin de la démocratie israélienne. Qu'il s'agisse d'annexer une ou toutes les colonies, une telle mesure constituerait le fondement d'un État d'apartheid.»


La communauté internationale, à part les EU et quelques rares pays, n’appuie pas le plan de paix de Trump. Selon le Times of Israël, des responsables européens auraient averti le bureau de Gantz que toute décision d’annexion « nuirait aux relations d’Israël avec l’UE et susciterait une réponse ferme ». .Rappelons que l’Union européenne ne fait pas l’unanimité auprès de ses membres sur le plan Trump et cela pourrait limiter ses capacités de rétorsion contre Israël.


Les états arabes et islamiques y sont opposés mais ont très peu de levier sur Israël. N’oublions pas que la menace iranienne demeure un sujet de ralliement entre les états sunnites et Israël.


L’Autorité palestinienne (AP) et le Hamas rejettent massivement le plan de paix. L’AP a menacé d'annuler tous les accords avec Israël et les États-Unis si Israël allait de l'avant avec son plan d'annexion. Mahmoud Abbas, le président de l’AP a menacé d'annuler les accords de sécurité avec Israël à de nombreuses reprises dans le passé, mais n'y a jamais donné suite. Dans les prochains mois, l’AP continuera probablement à faire le pari de la non-violence afin de maintenir le soutien de la communauté internationale tout en espérant une victoire démocrate de Jo Biden, le candidat démocrate à la présidence.


Joe Biden s’est déclaré opposé à l’annexion. Dans ces circonstances, on peut s’attendre à des tensions accrues entre les démocrates et Israël d’ici les élections américaines. Souvenons-nous que la communauté juive américaine appuie massivement le parti démocrate et que, si Biden remportait les élections, il jetterait probablement le plan Trump aux poubelles. Même si sa sa politique anti-annexion reste floue, Biden a assuré que les relations avec Israël en matière de défense ne seront pas affectées.

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