Juifs ultra-orthodoxes et pandémie : Protéger la vie ou protéger un mode de vie? 1e partie

Des interventions policières ont eu lieu auprès de différentes communautés hassidiques dans la région métropolitaine de Montréal visant à faire respecter les directives sanitaires associées à la lutte contre la Covid19.


Le Québec n’est pas la seule juridiction à pénaliser des contrevenants juifs ultra-orthodoxes ou haredim, le terme plus respectable qui signifie “ceux qui tremblent ou craignent Dieu”. En effet, des évènements similaires mais bien plus graves en termes de violence impliquant les communautés haredi ont défrayé la manchette dans la ville de New York et surtout en Israël. Qu’y a-t-il de commun ou de différent entre ces événements qui créent des tensions sociales entre les communautés haredi et l’État, voire la société majoritaire?


1. Les communautés haredi, dont les communautés hassidiques, ne sont pas homogènes

Au Québec, les communautés juives hassidiques (12 000 personnes), forment la majorité des communautés juives haredi (15 000 en 2014) qui comprennent aussi les communautés de tradition lithuanienne (3 000). Ces communautés sont concentrées dans la région de Montréal, tout comme la communauté juive du Québec qui comptait autour de 94 000 membres en 2011.


Comme l’explique le professeur Pierre Anctil, spécialiste des Juifs hassidiques de Montréal, les communautés haredi se divisent en “10 communautés distinctes sur le plan ethnographique, identitaire et territorial ... Il n’existe pas de communauté hassidique homogène. Il y a DES communautés hassidiques”. Le Québec compte neuf communautés hassidiques dont une communauté séfarade, intégrée culturellement et linguistiquement à la population juive marocaine francophone de Montréal (1 500) et la communauté Lubavitch (2 600) ouverte à la modernité. La première langue de ces communautés, sauf pour les séfarades, est le yiddish, la 2e langue est l’anglais et la 3e langue est le français ou l’hébreu


Mise à part la communauté séfarade hassidique, les autres hassidim qui parlent français sont surtout des femmes nées à Montréal alors que la majorité masculine hassidique est constituée de jeunes immigrants qui viennent surtout de New York, d’Europe de l’Est et d’Israël pour trouver une épouse au Québec. Ils sont donc généralement moins adaptés culturellement à la société québécoise que les femmes hassidiques. Selon le professeur Anctil, “souvent, les hassidim (d’origine différente) ne fréquentent pas les mêmes écoles, ne vont pas dans les mêmes établissements pour prier et ne se marient pas entre eux. Il y a une volonté de maintenir une autonomie très forte”. Cependant, pour les questions politiques et administratives, ces communautés ont formé un conseil de neuf membres pour les représenter, soit le Conseil des juifs hassidiques du Québec (CJHQ).


Les communautés haredi ont ceci en commun qu’elles suivent toutes un judaïsme rigoriste, qu’elles sont dirigées par un leader religieux et qu’elles sont concentrées géographiquement, tout en s’efforçant de vivre séparées du reste de la société. Les communautés de tradition lithuanienne pratiquent un judaïsme rigoriste et pointilleux basé sur la tradition érudite du judaïsme rabbinique centré sur l’étude des textes religieux au sein d’une yeshiva (centre d’études religieuses) dirigé par un érudit. Les hassidim, moins rigoristes, ont pour mission de perpétuer la vie mystique hassidique de l'Europe de l'Est du 18e siècle. Ils mettent l'accent sur la relation directe avec Dieu et la joie d'accomplir les commandements religieux tout en suivant les préceptes du « rebbe » héréditaire de la communauté qui n’est pas nécessairement un érudit.



Les haredim sont caractérisés par des familles nombreuses, des mariages précoces, l’organisation de grands rassemblements religieux (fêtes religieuses, mariages, enterrements), une éducation laïque limitée, une tenue vestimentaire distinctive, l’application d'obligations familiales et religieuses telles que la prière en groupes d’au moins 10 personnes et la faible connaissance de la langue de la société environnante, excepté pour les femmes qui assurent généralement le revenu principal de la famille, alors que les hommes se concentrent sur l’étude des textes sacrés et la prière. Tout cela crée un mode de vie visant à éviter l'assimilation aux valeurs modernes, juives ou non juives.


2. Le comportement des communautés hassidiques au Québec dans la lutte à la pandémie


Plusieurs membres des communautés hassidiques de la région de Montréal ont été accusés par la police d’ignorer les directives du gouvernement en matière de lutte à la pandémie par de grands rassemblements ou par l’absence de distanciation sociale (bain rituel, ouverture des écoles religieuses, fêtes, prières et autres événements religieux). Ces interventions se sont soldées par quelques arrestations et des amendes salées. La communauté hassidique d’ Outremont en particulier s’est plainte des directives “strictes et confuses” touchant le maximum de personnes permis dans un lieu de prière. Cette confusion a été reconnue par les dirigeants de la santé publique de Montréal qui s’en sont excusés publiquement.


Suite à un recours en justice par la CJHQ, la Cour supérieure du Québec a tranché en faveur du Conseil des Juifs hassidiques. Le représentant du Conseil y voit un “malentendu” et désire “rebâtir les ponts” avec les autorités québécoises et pense que ce jugement rendra le respect des directives par les membres de la communauté “plus facile ”. Cette affaire a fait les manchettes des médias montréalais comme c’est le cas chaque fois qu’un incident implique la communauté hassidique.

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