La partition israélo-palestinienne est nécessaire, même si la vision de deux États reste élusive

Si Lapid veut éviter d'être accusé d'être superficiel, il devrait simplement déclarer qu'il est dans l'intérêt d'Israël de se séparer des Palestiniens.


Par DAN PERRY*

Jerusalem Post, 30 Septembre 2022

Traduit par David Cohen


Le Premier ministre Yair Lapid a ravi nombre de ses partisans en tendant la main aux Palestiniens à l'Assemblée générale des Nations Unies. Mais il s'est aussi attiré des critiques, inutiles durant la campagne électorale, en s'en tenant à la solution à deux États. Israël et les Palestiniens ont besoin d'une partition pour sûr, mais le paradigme de deux États n'est peut-être pas le plus facile.


Il n'est pas surprenant que des politiciens de droite aient attaqué Lapid pour son «gauchisme». La version actuelle de la droite se soucie peu de la création de facto d'un État binational et non démocratique. Ils pensent qu'Israël peut – et doit – opprimer à jamais les Palestiniens.


Mais Lapid a également absorbé les critiques de son propre camp. Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a affirmé sur la 12e chaîne qu'ils étaient "en désaccord" sur la question palestinienne et Giora Eiland - un ancien général, mais un modéré respecté - a déclaré sur la radio KAN que Lapid avait "tort" sur l'État palestinien.


De tels tirs embusqués contre Lapid ne contribuent pas à créer l'élan dont il a cruellement besoin avant les élections de novembre. Cela renforce le sentiment dans l'opinion que le centre-gauche n'a pas de politique cohérente ni de leader dominant.


Et malheureusement, la critique n'est pas sans fondement dans la réalité (bien que dans le cas de Gantz, il y ait aussi des manigances politiques en jeu puisque dans la position antisportive de l'ancien chef militaire, il serait plutôt considéré comme l'alternative au chef de l'opposition Benjamin Netanyahu).


Pourquoi Israël ne parvient-il pas à un accord avec les Palestiniens ?

Il ne semble en effet pas réaliste qu'Israël parvienne à un accord avec les dirigeants palestiniens sur un État palestinien. C'est parce que les exigences minimales fixées par les Palestiniens en échange de la déclaration de la fin du conflit dépassent ce qu'Israël est capable d'accepter.


Même les Palestiniens modérés exigent vraiment toute la Cisjordanie; cela laisserait Israël à moins de 20 km de largeur près de Netanya. Ils veulent sérieusement contrôler la vieille ville et faire passer la frontière au milieu de Jérusalem. C'est probablement une impossibilité physique et les quelques précédents que l'on peut trouver (Nicosie et Berlin à l'époque communiste) jouissaient d'une topographie plus raisonnable et de l'absence de terrorisme. Et certains sont même sérieux au sujet du « droit au retour » pour les descendants de réfugiés palestiniens ; cela obligerait Israël à risquer que des millions de Palestiniens nés au Liban et en Syrie décident d’immigrer en Galilée.


Les Palestiniens insistent sur ces termes pour plusieurs raisons. Premièrement, même un transfert complet de toute la Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem-Est sous leur contrôle laisserait Israël (en raison de la taille du Néguev) contrôler plus de 70 % de la Palestine mandataire. Deuxièmement, les extrémistes violents parmi eux ne pardonneraient jamais à un dirigeant qui se contenterait de moins. Troisièmement, et surtout, contrairement à la droite israélienne, ils comprennent très bien que le statu quo les sert à long terme, et ils possèdent une volonté stoïque (pour leur peuple) de souffrir entre-temps.


Deux fois au cours des 20 dernières années environ, les dirigeants palestiniens n'ont pas accepté des offres israéliennes d'envergure et les sceptiques ont probablement raison de dire qu'ils continueraient à refuser de nouvelles offres. D'où, la conclusion de tant de monde selon laquelle l'option d'un État palestinien n'est pas réaliste. Mais si ce récit se traduit par la poursuite du statu quo, le résultat est catastrophique pour la survie d'Israël en tant qu'État juif.


Il existe déjà une petite majorité arabe du Jourdain à la Méditerranée – la définition de la Terre Sainte, d'Eretz Israël et de la Palestine. Même avec Gaza hors de l'équation, les Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-Est, plus les citoyens arabes d'Israël, laissent aux Juifs moins de 60 % de la population. Ce n'est pas un État juif.


La droite pense que le fait que les Palestiniens de Cisjordanie soient pour la plupart entassés dans les zones A sous l'Autorité palestinienne mais encerclées par les forces de sécurité israéliennes donne l'impression que les Palestiniens ne sont pas présents. C'est infantile – cela revient à conclure que si les Palestiniens étaient confinés dans leurs maisons et que les maisons n'étaient pas annexées, alors ils ne seraient pas là d'une manière ou d'une autre.

Les zones A ne sont pas contiguës ; la carte d'autonomie ne crée pas une séparation raisonnable d’entités distinctes ; et Israël les contrôle toujours de toute façon en pratique (les frontières extérieures, le contrôle ultime de par la loi et la sécurité israéliennes, de la monnaie et des ressources naturelles).


De plus, des colons jouissant de pleins droits de la citoyenneté vivent juste à côté de Palestiniens privés de leurs droits à tous égards, à l'exception de leurs cartes d'identité de l'« autorité » largement fictive.


Au bout de ce chemin se trouve la folie soit l'effondrement de l'Autorité Palestinienne et le conflit passant d'un conflit national à une lutte fondée sur les droits civils et humains. Le monde fera pression sur Israël pour annexer la Cisjordanie et accorder la citoyenneté aux Palestiniens et cela finira par se produire. Ce pays combiné ne sera pas paisible: les Juifs partiront et son nom finira par devenir – probablement avant 2048 – Palestine.


Il est logique que Lapid veuille éviter cela, et la droite est simplement aveuglée par le militarisme, l'arrogance et, dans certains cas, la religion. Mais si Lapid veut éviter d'être accusé d'être superficiel, il devrait simplement déclarer qu'il est dans l'intérêt d'Israël de se séparer des Palestiniens. La formule exacte peut rester ouverte au débat.


J'ai ma propre vision de ce qui peut et doit se produire, et cela exige que la droite soit loin n du pouvoir. L'intérêt d'Israël est de redessiner la carte de la Cisjordanie pour y inclure la plupart des colons, mais de déclarer sans équivoque qu'il ne convoite pas le territoire au-delà de cela. Le mur de séparation existant est un début raisonnable.


Israël devrait geler unilatéralement les colonies au-delà du mur de séparation. À long terme, il faudra trouver un moyen de ramener en Israël les quelque 100 000 colons qui résident loin à l'intérieur de la Cisjordanie.


Cela donnerait lieu à une pure occupation militaire qui peut être temporaire, pendant qu'Israël, les Palestiniens, les Arabes et le monde déterminent ce qu'il faut faire - et cette occupation serait justifiée uniquement pour des raisons de sécurité. Avec le précédent de la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, les problèmes de sécurité sont compréhensibles.


Essentiellement, le monde peut comprendre avec une certaine sympathie les efforts israéliens pour empêcher les tirs de roquettes sur son territoire. Il ne peut pas supporter la version israélienne de « l'apartheid-lite » qui couve dans les territoires. Et ce qui le rend inacceptable, ce sont les colonies. Les colonies préparent Israël non seulement à un État binational, mais aussi à une rupture majeure avec les États-Unis et les Juifs américains.


Des experts comme Eiland comprennent tout cela, mais confondent les électeurs en ergotant avec Lapid. Ils soutiennent qu'une confédération jordano- palestinienne est une option plus plausible qu'un État palestinien indépendant. Mais Israël n,est confronté à aucune solution miracle.


S'il est vrai que la Jordanie ne ressent pas un besoin aussi urgent de s'en tenir aux exigences maximalistes que les Palestiniens, le leadership hachémite n'est pas non plus intéressé à ajouter des Palestiniens à sa majorité palestinienne existante. Peut-être que les choses vont changer en Jordanie dans le futur - mais ce n'est pas dans l'intérêt d'Israël de le souhaiter ; la monarchie hachémite est un partenaire de paix convivial.


Les prévisions sont impossibles dans un Moyen-Orient où la Syrie pourrait se désintégrer, le régime iranien pourrait s'effondrer et l'Arabie saoudite pourrait se libéraliser. De nombreuses autres possibilités pourraient émerger.


Mais tout cela prendra du temps. Pendant ce temps, en Israël, plusieurs membres du centre-gauche ont baissé les bras. Ils sont prêts à concéder la défaite face à la marche suicidaire de la droite et élaborent des plans pour un état binational dans l'espoir qu'il sera démocratique. Ils espèrent que ce sera plus proche de la Belgique que de la Yougoslavie, et je crains qu'ils espèrent en vain.


Ce qui est clair, cependant, c'est qu'Israël creuse sa propre tombe en ajoutant des colons de l'autre côté du mur. Un gel des colonies serait logique et indiquerait aux électeurs qu'il existe un plan pratique pour commencer à désamorcer une situation complexe et dangereuse.


*L'auteur est l'ancien rédacteur en chef du Moyen-Orient basé au Caire et rédacteur en chef Europe/Afrique basé à Londres pour l'Associated Press. Il a été président de l'Association de la presse étrangère à Jérusalem et est directeur associé de la société de communication basée à New York Thunder11. Suivez-le sur twitter.com/perry_dan.


Commentaires de David Cohen

L’auteur nous laisse sur notre faim en n’expliquant pas suffisamment comment son scenario pourrait se réaliser.


Sa vision exige une droite loin du pouvoir. Mais dans quelles circonstances cela pourrait se réaliser et avec quelle probabilité? Même la droite et le centre droit anti Netanyahou, excluant le parti centriste de Lapid, est opposé à la vision de deux états. Qu’est ce qui pourrait donc les faire changer d’avis?


L’auteur avance la thèse d’une rupture majeure entre Israël et le gouvernement américain et la communauté juive américaine en raison de la colonisation. Je suis d' accord car il existe des précédents dans le cas des précédents gouvernements américains. Mais quelle serait la ligne rouge qui causerait cette rupture? L’auteur aurait pu indiquer que toute colonisation qui empêche la contiguïté du territoire palestinien ou tout cas sérieux de non-respect des droits humains dans les territoires occupés serait une ligne rouge probable pour le gouvernement américain. Cependant, notons qu’un gouvernement démocrate aurait plus de volonté de faire respecter cette ligne rouge qu'un gouvernement républicain comme l’a démontré Trump.


Comment concilier les exigences minimales des Palestiniens qui vont au-delà des offres maximales des Israéliens? L'auteur n' offre pas de solutions.


Comment l’Autorité palestinienne peut-elle contenir les extrémistes palestiniens alors qu’elle a échoué à trouver un terrain d’entente avec le Hamas depuis une quinzaine d’années? Si le statu quo fait l’affaire du leadership palestinien, pourquoi les Palestiniens voudraient ils trouver un compromis avec les Israéliens qui eux aussi dans leur majorité s’accommodent du statu quo.


Quelle pourrait être l’approche du gouvernement israélien pour rapatrier une centaine de milliers de colons quand on sait que le rapatriement de près de 8000 colons de Gaza a été ardu et onéreux, soit 3 milliards de dollars US. De plus les colons à rapatrier sont ceux qui sont généralement les plus extrémistes dans leur opposition à la création d’un état palestinien. Que faire pour les évacuer quand pour eux, coloniser la Judée et la Samarie (noms bibliques de la Cisjordanie) fait partie de leur crédo religieux?


Pour être indulgent, l’auteur n’avait probablement pas l’espace pour s’étendre sur toutes ces questions.

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