Le conflit israélo-palestinien : la solution à deux états est-elle morte ?

Jon Allen Senior Fellow École Munk des Affaires internationales de l’Université de Toronto. Allocution prononcée devant la Chautauqua Institution – Août 2022 Publié sur le site des Amis canadiens de La Paix maintenant https://www.peacenowcanada.org/fr/lettres-d-information/le-conflit-israelo-palestinien-la-solution-a-deux-etats-est-elle-morte/

Je vais débuter avec une vue d’ensemble historique rapide, puis j’expliquerai pourquoi j’estime que la solution à deux états reste la seule option viable pour les Palestiniens tout comme pour les Israéliens.

En guise d’introduction, je dirais, comme vous venez de l’entendre, que j’ai servi en qualité d’ambassadeur du Canada en Israël de 2006 à 2010. Je suis juif, j’ai une soeur et de la famille en Israël. Les parents de ma femme sont des survivants de l’Holocauste. Elle aussi a de la famille en Israël. Au Canada, selon la communauté juive à laquelle vous vous adressez, je suis perçu soit comme un progressiste (un type J Street en termes américains), soit comme un naïf et un traître à la cause israélienne pour ceux qui appuient notre équivalent de vos organisations AIPAC. Même si j’ai été en poste en Israël, je ne suis pas un israélien, et je ne prétends pas parler au nom des Israéliens qui vivent dans un voisinage menaçant, envoient leurs enfants à l’armée et n’ont pas l’option d’entrer et sortir du conflit, comme je le fais. Je n’étais pas posté à Ramallah, la capitale de la Palestine. J’ai écouté attentivement l’histoire palestinienne. Je peux sympathiser avec de nombreuses affirmations, y compris le fait qu’ils vivent sous occupation depuis environ 55 ans et qu’en ce moment, ils n’ont aucun moyen évident de sortir de cette réalité. Je n’ai pas la prétention de parler en leur nom. C’est à eux qu’il revient d’expliquer leur position.

Ensuite, je tiens à reconnaître qu’il existe en ce moment un grand scepticisme quant à la viabilité d’une solution à deux états et, dans certains cas, à juste raison. Des anciens partisans de la solution à deux états, comme Peter Beinart, qui plaide maintenant pour une solution à un seul état, et d’autres qui font le parallèle entre le traitement subi par les Palestiniens sous l’occupation à celui des Afro-Américains et de la cause Black Lives Matter aux États-Unis ou des peuples autochtones au Canada, soutiennent que la notion d’une solution à deux états est dépassée. D’autres, à gauche également, comme Yossi Beilin, proposent maintenant une confédération israélo-palestinienne. De l’autre côté de l’échiquier politique, nous entendons différentes explications du rejet de la solution à deux états. Par exemple, Israël n’a aucun partenaire pour la paix et n’en aura jamais, ou bien il y a tout simplement trop de colons et trop d’appui à leur cause pour pouvoir créer un état palestinien viable.

Ce que j’en pense Malheureusement, il y a beaucoup de choses qui n’ont pas changé en termes du conflit israélo-palestinien depuis que j’ai terminé mon affectation en 2010, et la plus grande partie de ce qui a changé n’a pas changé pour le mieux. Je pense notamment à la détérioration de la situation politique intérieure à la fois en Israël – avec son glissement vers la droite incluant la montée de l’illibéralisme, l’extrémisme religieux et la polarisation – et dans les territoires occupés – avec une corruption constante et un leadership sclérosé en Cisjordanie d’une part, et le Hamas à Gaza d’autre part.

Commençons avec un peu d’histoire Au début du 20e siècle, les Britanniques, qui contrôlaient alors le territoire en question, ont tout promis aux Juifs comme aux Arabes pour répondre à leurs désirs respectifs d’établir leur patrie au Moyen-Orient. Lorsque Theodor Herzl a commencé à parler d’un État pour le peuple juif, les Chrétiens et les Musulmans y étaient déjà installés depuis plus de 2 000 ans, et plus de 95 % de la population était palestinienne. Il y a bien sûr débat sur l’époque à partir de laquelle les habitants de la région ont commencé à s’identifier comme des Palestiniens, mais c’est là un sujet que nous laisserons de côté pour l’instant.

La montée de l’antisémitisme en Europe et dans l’ancienne Union soviétique qui a entraîné les horreurs de l’Holocauste, ainsi que le désir de la Grande-Bretagne de se débarrasser du problème palestinien, ont finalement déclenché ensemble le conflit. Les Juifs acceptèrent le Plan de partition des Nations-Unies de 1947, qui énonçait un partage du territoire et l’administration de Jérusalem en tant qu’entité internationale. Bien qu’ils ne représentaient qu’un tiers de la population, les Juifs obtenaient avec ce Plan 56 % des terres.

Les Palestiniens ainsi que les cinq pays arabes voisins rejetèrent le Plan et attaquèrent Israël, mais perdirent la guerre qui s’ensuivit. Environ 750 000 Palestiniens qui vivaient dans ce que l’on appelle aujourd’hui Israël, quittèrent leurs terres ou furent obligés d’abandonner leurs foyers. La plupart des Palestiniens pensaient qu’ils pourraient y revenir dès que leurs frères arabes auraient vaincu les Juifs.

Après cette guerre, Israël s’est retrouvé avec beaucoup plus de territoire que le Plan de partition ne leur en avait octroyé, passant d’environ 56 % à 78 % de la superficie totale. Pour les Palestiniens, la perte de leurs foyers et de leurs terres a constitué une catastrophe, la Nakba, qui existe encore à ce jour. Pour les Juifs, la partition et la victoire ont signifié la survie d’Israël comme nation, et la naissance d’une patrie et d’un refuge pour le peuple juif. Les trois guerres qui ont suivi, en 1956, 1967 et 1973, ont été déclenchées ou provoquées par les pays arabes, qui les ont toutes perdues. Toutes ces guerres ont fait de grands ravages des deux côtés. Malgré les victoires, ces guerres, et en particulier la guerre de Yom Kippour de 1973, pour laquelle Israël n’était absolument pas préparé, ont eu des effets néfastes et durables sur la façon de penser des Israéliens. Ces conflits, ceux qui ont suivi au Liban et à Gaza (quatre au total, dont le plus récent), la deuxième Intifada, et plusieurs tentatives malheureuses de négociations tout au long de ces années, ont tous contribué à l’impasse qui existe actuellement entre Israël et la Palestine.

Pour être précis, la guerre de 1973 a mené à l’élection du premier gouvernement israélien de droite, et les questions de sécurité dominent l’agenda politique israélien et la rhétorique depuis ce temps. Des gouvernements à droite du centre ont été au pouvoir pendant 36 des 43 dernières années, et plusieurs coalitions, toutes dirigées par Bibi Netanyahou, ont été mises en place ces 12 dernières années, jusqu’à la prise du pouvoir par le gouvernement de Naftali Bennett en juin 2021.

La question de la création d’un État palestinien ou d’une solution à deux états n’est évidemment pas nouvelle. Elle a fait l’objet de diverses rondes de négociations, de Madrid (1991) à Oslo au début des années 90, aux accords de la Plantation Wye (1998) et aux échecs des efforts menés par John Kerry et l’administration Obama (2013-2014). Même Donald Trump, qui a fait plus que n’importe quel autre président américain pour enflammer la situation sur le terrain, avait un soi-disant plan de paix. Malheureusement, son plan favorisait Israël sur chaque point qui devait être accepté par les deux parties.

Pour être clair, et contrairement à ce que les politiciens et ambassadeurs de pays arabes me disent depuis des années, le conflit israélo-palestinien n’est pas la cause des multiples autres crises du Moyen-Orient, comme celles de la Syrie, du Liban, du Yémen ou de la Lybie. Ce n’est pas non plus à cause de lui que l’Iran constitue une menace nucléaire potentielle et offre son appui au terrorisme, quoique l’on pourrait prétendre que Bibi Netanyahou a joué un rôle important pour convaincre Donald Trump de se retirer de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien -l’entente nucléaire entre l’Iran et l’Ouest- et que ce retrait a encouragé plus que jamais auparavant l’Iran à posséder une arme nucléaire.

Ce que le conflit a entraîné, toutefois, est une occupation territoriale qui dure depuis 55 ans et qui prive les Palestiniens des droits les plus élémentaires de citoyenneté, de liberté de mouvement, d’égalité aux termes de la loi et d’autodétermination. Israël, qui a déjà été perçu comme le “David” de la longue bataille avec les états arabes, est devenu le “Goliath” d’un conflit asymétrique avec le peuple palestinien.

Parallèlement, et surtout depuis la Deuxième Intifada au cours de laquelle Israël a subi une série d’attaques terroristes à la bombe qui ont tué plus de 1 000 Israéliens et 2 000 Palestiniens, ces deux populations ont commencé à se percevoir uniquement comme ennemis et comme menaces plutôt que comme êtres humains. Cette situation marque un contraste frappant avec la période entourant Oslo, où les Palestiniens se baignaient sur les plages de Tel Aviv et offraient leurs services de soins aux familles israéliennes, et où les Israéliens achetaient leurs fruits et légumes ou faisaient réparer leur voiture en Cisjordanie. De plus, pendant plus de 10 ans, les gouvernements de Netanyahou ont renforcé cette image des Palestiniens en tant qu’ennemis en répétant aux Israéliens qu’il n’existait pas de partenaires pour la paix. D’ailleurs, pendant cette décennie, il n’y eut ni ouverture politique pour la paix ni espace pour le dialogue.

Pourquoi est-ce si difficile de trouver une solution à ce problème ? Les raisons en sont nombreuses et complexes.

Premièrement, Comme nous l’avons déjà mentionné, les Palestiniens et les Israéliens décrivent de façon très différente ce qui est arrivé en 1947 et depuis. Ici, décrire de façon différente ne signifie pas inventer des “fake news” et des demi-vérités. Il s’agit plutôt de regarder les mêmes événements avec des perspectives différentes. J’y reviens plus longuement dans quelques minutes.

Deuxièmement, D’un camp à l’autre, nous l’avons vu, les relations politiques, économiques et de pouvoir sont fondamentalement asymétriques. À moins qu’Israël ne soit prêt à faire le premier pas et à prendre quelques risques en vue de la paix, et à moins que les deux camps ne soient prêts à bouger de leurs positions initiales, le conflit continuera.

Troisièmement, Le monde a pour ainsi dire laissé aux États-Unis le soin de résoudre la question du conflit. Or, jusqu’à présent, les États-Unis n’ont été que des intermédiaires à moitié honnêtes dans leurs efforts de rapprochement des deux parties. Aux États-Unis, le conflit est aujourd’hui autant un débat intérieur qu’une question de politique étrangère, et malgré quelques inquiétudes de la part du Congrès à propos de récentes politiques et activités israéliennes, les politiciens américains conservent leur appui indéfectible envers Israël et ne s’attardent guère sur les préoccupations palestiniennes. Quant au Canada et aux États membres de l’UE, ils sont restés pour la majeure partie à l’extérieur du conflit, en dépit de politiques claires appuyant la solution à deux états et s’opposant à l’occupation et la colonisation.

La signature en 2020 des Accords d’Abraham selon lesquels les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan reconnaissent Israël en échange, notamment, de promesses de systèmes d’armements américains, et de coopération en renseignement, en sécurité, en technique et en commerce avec Israël, n’a fait que confirmer ce que les Palestiniens avaient senti depuis quelques temps, c’est-à-dire que même leurs frères arabes appuient leur cause en théorie seulement. Vous vous souviendrez que depuis 2002, lorsque la soi-disant Initiative Arabe de Paix a été adoptée, une telle reconnaissance ne devait se faire qu’après que la paix avec les Palestiniens n’ait été réalisée.

Quatrièmement, La religion est, comme cela a été le cas en Irlande du Nord, un facteur de complication. Les disputes à propos de Jérusalem, de Al Aqsa et du Mont du Temple, et les réclamations du droit sur toutes les terres entre le Jourdain et la Méditerranée faites à la fois par Israël et par les Palestiniens, continuent de bloquer les efforts déployés pour trouver une solution au conflit.

Enfin, La situation au sol n’est pas propice à la paix. Israël, nous l’avons dit, a eu depuis 13 ans des dirigeants qui n’ont pas caché leur opposition à la solution à deux états, et qui appuient l’expansion des colonies dans les Territoires occupés – des colonies que tous les pays occidentaux jugent illégales en termes de droit international.

Au moment des Accords d’Oslo au début des années 90, il y avait environ 5 000 colons en Cisjordanie et à Jérusalem Est. Lorsque j’étais en poste en Israël, ils étaient environ 250 000. Aujourd’hui, il y a plus de 650 000 colons, 450 000 en Cisjordanie et 200 000 à Jérusalem Est. La dynamique politique dans les Territoires palestiniens est elle aussi loin de favoriser le lancement d’un processus de paix. Les nombreux efforts déployés pour unifier le Hamas, qui contrôle Gaza, et le Fatah en Cisjordanie, ont échoué. Le Hamas n’est pas plus intéressé par la solution à deux états que Netanyahou et Bennett. Tous les efforts pour convaincre le Hamas d’accepter un cessez-le-feu permanent et un modus operandi dans la Bande de Gaza ont été vains. L’Autorité palestinienne et son leader Mahmoud Abbas, âgé de 85 ans, qui a récemment annulé la première élection qui devait se tenir en 14 ans dans les Territoires, ont peu de crédibilité. Abbas n’est à l’heure actuelle appuyé que par 19 % des Palestiniens. Et il y a du vrai dans l’accusation selon laquelle les leaders palestiniens, lorsqu’ils ont dans le passé reçu des offres raisonnables de la part des Israéliens, n’ont pas pu ou n’ont pas voulu communiquer ces offres aux Palestiniens à l’intérieur à ou l’extérieur de la zone concernée.

J’ai déjà mentionné que l’un des obstacles à la résolution du conflit repose dans le fait que les Israéliens et les Palestiniens perçoivent de façon opposée les raisons pour lesquelles nous en sommes rendus là, et qu’ils ont de la difficulté à accepter ou du moins à comprendre la version de l’autre.

Dans la perspective palestinienne, Israël était le dernier état colonialiste et a été installé dans la région pour apaiser le sentiment de culpabilité de l’Europe envers l’Holocauste, et l’antisémitisme et les pogroms qui l’ont précédé. Il en ressort qu’aujourd’hui, des millions de Palestiniens sont devenus réfugiés dans plusieurs pays arabes et dans le reste du monde. Dans la région elle-même, les Palestiniens vivent comme des quasi prisonniers à Gaza ou sont en grande partie sous le joug d’un régime militaire en Cisjordanie. Qu’Israël puisse ou non être légitimement accusé d’imposer un régime d’apartheid en Cisjordanie – et je pense que ses gestes entrent dans la définition énoncée par le droit international – il est évident que les droits des Palestiniens sont sérieusement amputés comparés à ceux de leurs voisins israéliens.

Enfin, les Palestiniens allèguent, et la plupart des analystes le confirment, que si les colonies israéliennes continuent de s’étendre, un état palestinien contigu et viable sera bientôt difficile, voire impossible, à établir.

La perspective de l’Israélien moyen est, bien entendu, très divergente. Il est persuadé que, pour des raisons bibliques, historiques et légales, il a droit à ces terres. Certains Israéliens exigent évidemment toutes les terres situées entre la mer et le Jourdain. En ce qui concerne l’occupation et malgré l’expansion des colonies, les Israéliens se sont convaincus que la situation était temporaire ou que le territoire avait été gagné en toute légalité à la suite d’une guerre qu’Israël n’avait pas déclenchée.

De façon ironique, la solution à deux états reste toujours la meilleure option pour la majorité des Israéliens. Malheureusement, ils ne pensent pas que cela peut être obtenu d’une façon qu’ils jugent sécuritaire pour leur avenir.


Ils se basent sur les échecs répétés qu’ils ont essuyés en voulant garantir la paix et après l’avoir assez entendu, la grande partie en rejette la responsabilité entière sur les Palestiniens, les deux Intifidas et l’expérience ratée de Gaza.

L’ironie est que la vie est tout simplement trop facile pour l’Israélien moyen, et qu’il y a peu de pression sur lui pour changer la situation. La soi-disant nation Start-up a produit 12 Prix Nobel depuis 1948 et possède le troisième plus grand nombre de compagnies sur le Nasdaq. L’économie est forte, la culture israélienne est florissante, et quatre anciens ennemis viennent de signer les Accords d’Abraham. Pour résumer, la plupart des Israéliens préfèrent simplement ignorer les bombes à retardement que sont Gaza et la Cisjordanie plutôt que d’envisager l’abysse qui pourrait exister dans 20 ans.

L’une des principales questions soulevées par les Israéliens touchant la solution à deux états concerne la sécurité. Regardez ce qui est arrivé lorsqu’Israël s’est retiré de Gaza. Le Hamas va contrôler le pays et terroriser Israël. Les roquettes palestiniennes ne seront qu’à quelques kilomètres de l’aéroport Ben Gurion. Et l’Iran, qui menace d’effacer Israël de la surface du globe, appuie ce même Hamas.

Examinons ces préoccupations un peu plus profondément. Du point de vue de la sécurité, Israël n’a jamais été dans une position aussi forte. Il possède la 7e plus grande force militaire au monde et l’une des mieux équipée, et une option nucléaire. La Syrie et le Liban/Hezbollah sont occupés sur d’autres fronts. L’Arabie saoudite et d’autres pays arabes sunni sont devenus de meilleurs alliés d’Israël, du moins grâce à leur opposition commune à l’Iran et à Hezbollah. Les Accords d’Abraham ont été une avancée dans ce contexte. Parmi les nouveaux amis d’Israël, on peut compter la Russie, la Chine et l’Inde, et en Europe de l’Est, plusieurs gouvernements de droite, en dépit de leurs politiques et propagandes antisémites. L’Iran constitue une menace terroriste, mais pas une menace à leur existence. Ils savent fort bien que s’il ne faisait même qu’envisager le recours à une arme nucléaire contre Israël, les États-Unis et Israël détruiraient immédiatement leur leadership et une grande partie de leur pays. On peut donc penser, en cette période de force stratégique, qu’Israël jouit d’une occasion pour risquer une tentative de paix.

Où tout cela nous amène-t-il ? Premièrement, À tous ceux qui soutiennent que la paix entre Israël et les Arabes est impossible, il est important de rappeler qu’Israël a signé les traités de paix avec l’Égypte (1979) et la Jordanie (1994), et qu’il vient de signer les Accords d’Abraham avec les EAU, Bahreïn, le Maroc et le Soudan.

Deuxièmement, D’anciens dirigeants du Mossad, du Shin Bet et de Tsahal pensent, et ont déclaré en public, qu’à long terme, l’ennemi interne – les Palestiniens de Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem Est – sont une plus grande menace pour Israël maintenant qu’ils ne le seraient s’ils vivaient dans un état indépendant séparé par une frontière définie. Je vous encourage vivement à consulter le site web des « Commanders for Peace » et de juger par vous-mêmes. Regardez le documentaire “The Gatekeepers” ou écoutez Ehud Barak, Tzipi Livni ou Ehud Olmert, qui ont tous négocié dans le passé avec les Palestiniens et qui aujourd’hui plaident tous en faveur d’une solution à deux états.

De nombreux sceptiques soulèvent la question des colonies et de l’impossibilité de forcer des centaines de milliers d’Israéliens, certains de deuxième génération, à quitter la Cisjordanie. Tout d’abord, ce ne sont qu’environ 100 000 colons qui seraient obligés à se déplacer pour laisser la place à un état palestinien viable. Ensuite, entre 50 et 60 000 colons ont déclaré être prêts à le faire s’ils étaient compensés en échange. Souvenez-vous que beaucoup d’entre eux s’y sont installés pour la seule raison qu’on leur offrait des terres à bon marché et de bons services.

Et maintenant, le coeur du problème. À mon avis, pour les Israéliens comme pour les Palestiniens, la création d’un état palestinien – “la solution à deux états” est une question existentielle qui doit être résolue, et elle reste la seule issue viable. Pourquoi ? Parce que la seule vraie alternative – la soi-disant solution à un seul état – offre deux mauvais choix pour l’avenir des Israéliens et des Palestiniens. Je m’explique.

Un fait réel : Les Palestiniens en Jordanie, à Gaza et en Israël même sont actuellement 6,2 millions. D’ici 2030, ils seront plus nombreux que les Juifs.

Lorsque cela se produira, la solution à un seul état entraînera l’une de ces deux conséquences : un état palestinien majoritaire où les Palestiniens seront traités comme des égaux selon la loi. Cela équivaudrait à la fin d’Israël comme état juif et comme patrie du peuple juif. Je suis bien sûr conscient du fait que pour certains, cela ne pose pas problème. Cependant, il est fort probable que ni Israël, ni les États-Unis ni la génération actuelle de la diaspora juive n’accepteraient cette situation.

L’alternative, dans l’éventualité de la création d’un état unique, signifierait qu’une minorité juive dirigerait le pays en imposant un véritable régime d’apartheid à la majorité israélo-arabe, c’est-à-dire que les Palestiniens seraient des citoyens de troisième classe dans leur propre pays.

Dans ce dernier scénario, les Palestiniens se verraient encore refuser leurs droits légitimes. Dans les deux cas, Israël cesserait d’être le pays que les Nations-Unies ont créé en 1947 et que les Juifs du monde entier ont perçu depuis sa création comme un refuge et un défenseur des valeurs occidentales.

En conclusion Je ne suis pas d’accord avec ceux qui prétendent que le fossé entre les deux camps est trop profond, que les problèmes sont trop complexes et que trop de temps s’est écoulé. Le Rideau de fer et le Mur de Berlin sont tombés en 1989 et personne en Occident ou en Union soviétique ne l’avait prédit ou se doutait même que cela allait se produire à ce moment-là. Les “agitations” en Irlande du Nord, quasiment aussi complexes et haineuses que le conflit israélo-palestinien, ont été en grande partie résolues lors d’une négociation en 1998, après quelque 400 ans de conflit entre Catholiques et Protestants. Ils étaient peu nombreux à penser que cela se terminerait ainsi. En Afrique du Sud, la plupart des gens, y compris les observateurs politiques les plus avertis, croyaient que l’apartheid durerait encore 50 ans au moins. Puis un jour, il a disparu. 60 ans après l’Holocauste, Berlin est l’une des destinations favorites des jeunes émigrants israéliens.

Même dans le contexte israélo-palestinien, les déclarations faites aujourd’hui ne reflètent pas nécessairement les actions de demain. Les leaders les plus visionnaires sont revenus sur leur jugement. En 1977, Menahem Begin s’opposait avec véhémence au retrait total de la péninsule du Sinaï, mais l’acceptait dans son intégralité quelques années plus tard. Yitzhak Rabin, qui en 1991 s’opposait fermement à la reprise des négociations avec l’OLP, serrait la main de Yasser Arafat en 1993. Ariel Sharon, qui jurait ne jamais abandonner une colonie dans la Bande de Gaza, a décidé un jour d’évacuer tous les colons.

Alors, comment résoudre le conflit ? Les Palestiniens et les Israéliens ont besoin de leaders forts, pragmatiques et visionnaires, qui comprennent que le statu quo n’est dans l’intérêt d’aucun des deux camps parce qu’il n’existe pas. Ils ont besoin de comprendre aussi que le temps n’est pas de leur côté. Ils doivent avoir la force de repousser des deux côtés les extrémistes et les cyniques, y compris les colons, les terroristes et les fanatiques religieux. Et ils doivent avoir la volonté de vouloir la paix. Ils doivent commencer par de petites mesures destinées à bâtir la confiance et Israël, en particulier, doit commencer à créer un horizon pacifique. Cela signifie, avant toute autre chose, de mettre fin à l’expansion de la colonisation.

Ensuite, les deux camps devront faire des compromis difficiles sur les questions qui resteront en suspens concernant le statut final, et cela ne sera facile pour personne. Ces compromis devront notamment porter sur le statut de Jérusalem (qui devra être partagé) ; le droit de retour des réfugiés palestiniens (qui devra être limité à environ 100 000 personnes, avec des compensations versées aux autres réfugiés par l’Occident et les états du Golfe) ; et les frontières (qui devront être négociées). Certaines colonies devront être démantelées et environ 100 000 colons devront être relocalisés en terres israéliennes. En échange, une partie du territoire israélien devra être transféré à l’État palestinien pour les colons qui resteront sur place. La sécurité israélienne devra être protégée.

Aucun de ces problèmes n’est impossible à résoudre. Les négociations passées ont donné lieu à de multiples formules et approches pour ce faire, y compris dans le domaine de la sécurité. Le droit de retour et Jérusalem seront les points les plus corsés, mais tout est possible.

Il est de ceux qui prétendent que la paix au Moyen-Orient n’aboutira que lorsque les conséquences de son absence rendront la vie intolérable des deux côtés. J’espère qu’ils ont tort. Cela voudrait dire plus encore de méfiance, de morts et de destruction. Ni les Israéliens ni les Palestiniens ne méritent une telle situation.

D’autres, comme Asher Usser, l’ancien dirigeant du Centre Dayan de l’Université de Tel Aviv, estiment qu’Israël doit arrêter de construire des colonies et doit se retirer unilatéralement de Cisjordanie, faisant ainsi les premiers pas vers la paix, et laisser les litiges ardus comme les réfugiés et Jérusalem pour une période plus propice à leur règlement. Cette option présente un grand mérite.

D’autres encore allèguent que l’option de la confédération est plus réaliste. Je ne partage pas cette opinion et nous pouvons en discuter pendant la période de questions/réponses si vous le voulez.

Le regretté auteur israélien Amos Oz, avait sa propre interprétation du conflit. Il voyait les Israéliens et les Palestiniens comme des acteurs dans un drame théâtral complexe. Il y avait selon lui deux issues possibles. L’une se terminait comme une tragédie shakespearienne, avec tous les protagonistes morts sur la scène. L’autre avait une fin à la Tchékhov, avec tous les acteurs déçus, désillusionnés et très malheureux, mais encore debout à la chute du rideau.

Personne ne croit que la solution à ce conflit sera aisée ou rapide. Mais elle est possible. Espérons que Tchékhov l’emportera.

Merci.


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