Le projet d’annexion sous respirateur?

Dernière mise à jour : 17 nov. 2020

Auteur : David Cohen, Publié par Le devoir, 31 Juillet 2020


La recrudescence de la pandémie et ses effets désastreux sur l’économie et l’emploi tant aux États-Unis qu’en Israël rendent l’hypothèse d’une annexion immédiate de territoires en Cisjordanie prématurée. Depuis le 1er juillet, date officielle du début du processus d’annexion, rien n’a vraiment bougé, selon plusieurs ministres proches de Benjamin Nétanyahou.


Étant donné la gravité de la remontée de la pandémie tant en Israël qu’aux États-Unis, la grande priorité de Donald Trump et de Nétanyahou est de concentrer tous leurs efforts afin de juguler la pandémie et de minimiser les pertes d’emploi. Les deux leaders se sont rendu compte que la levée hâtive des restrictions a été désastreuse en raison de l’augmentation rapide des cas de contamination, d’hospitalisation et de décès.


Bibi fait face à des manifestations continues et violentes de la part des Israéliens, tous partis confondus. Les Israéliens protestent contre la gestion pitoyable de la pandémie et la récession économique, mais aussi contre la corruption et son autoritarisme.


Les sondages qui étaient favorables à Nétanyahou et à Trump pendant la première vague de la pandémie sont présentement en chute libre. Les sondages actuels donnent quand même Bibi gagnant avec quelques sièges de majorité. Malgré ses déboires judiciaires et en ce qui concerne la pandémie, Bibi demeure, de loin et contre toute attente, le leader politique le plus populaire en Israël. Cependant, depuis quelques semaines, son pouvoir absolu au sein du Likoud est contesté ouvertement pour sa gestion déplorable de la pandémie.


La priorité numéro 1 de Nétanyahou, c’est de sauver sa peau face aux poursuites judiciaires pour corruption, entre autres. Selon des observateurs israéliens, Bibi est persuadé que la justice israélienne cherche à le déboulonner de son poste de premier ministre, qu’il assume normalement jusqu’en novembre 2021, pour être remplacé, selon l’accord de coalition, par Benny Gantz, le ministre de la Défense du parti centriste Bleu et blanc. En effet, la justice israélienne a annoncé qu’il doit comparaître régulièrement devant les juges dès décembre prochain, avec toute la publicité négative qui pourrait s’ensuivre. Ce qui l’inquiète aussi, c’est que le gouvernement de coalition actuel ne lui permet pas d’influencer et de dénigrer le système judiciaire, dont l’indépendance est protégée par un ministre centriste. Toujours selon les observateurs, Nétanyahou n’hésitera pas à déclencher des élections cet automne afin de reprendre le plein contrôle de la machine gouvernementale.


Les partisans américains traditionnels de Trump sur l’annexion, comme les évangéliques, qui comptent pour 25 % de l’électorat et dont 85 % votent pour Trump, sont actuellement plus préoccupés par la pandémie et la réouverture de leur église que par le projet d’annexion.


L’empressement de Nétanyahou à lancer le processus d’annexion dès le 1er juillet, afin de s’assurer, entre autres, de l’appui de la droite et de l’extrême droite contre les poursuites judiciaires, semble avoir été mal géré. Selon Haaretz, le processus aurait été peu ou pas coordonné avec ses partenaires centristes, dont Trump exige l’accord au projet d’annexion, les autorités militaires et sécuritaires, qui doivent établir à l’avance les plans sécuritaires, dans le cas probable de violences palestiniennes, et les autorités diplomatiques dans les cas de sanctions ou de mesures de rétorsion de la part des différents acteurs internationaux. Les sondages faits en juillet montrent que l’annexion n’est pas du tout une priorité pour les Israéliens.


La survie d’abord

Le 25 août prochain est la date ultime pour voter le budget proposé par Nétanyahou et contesté par Gantz, peu populaire dans les sondages. S’il n’est pas adopté par la Knesset, selon la loi, les élections devront être déclenchées, à moins qu’un compromis soit trouvé. Une élection israélienne en novembre signifierait le report du projet d’annexion après les élections américaines.


Trump, le maître du jeu quant au processus d’annexion, va continuer à se concentrer sur sa réélection, alors que plusieurs têtes d’affiche du Parti républicain n’hésitent pas à dire ou à faire le contraire de ce que Trump propose en ce qui concerne la gestion de la pandémie. Si l’annexion peut aider à sa réélection, Trump devrait la soutenir ouvertement, ce qu’il a cessé de faire depuis la recrudescence de la COVID-19. Tant que la pandémie et l’économie ne seront pas maîtrisées, il est peu probable que Trump donne le feu vert à Nétanyahou. Sinon, la question serait réexaminée après les élections. S’il est réélu.


Pour Nétanyahou, l’annexion n’est plus prioritaire, c’est sa survie politique qui l’est. Pour survivre, il doit juguler la pandémie et aider les Israéliens massivement au chômage (20 % contre 3,9 % avant la pandémie) à survivre économiquement. Quant à Joe Biden, s’il devient président, le projet d’annexion unilatérale devrait connaître une mort certaine.

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