Sept façons dont les élections israéliennes de 2021 ont redessiné la carte politique

Chaque élection change la carte politique d’Israël et donc son avenir.

Par TOVAH LAZAROFF LE 25 MARS 2021, The Jerusalem Post (Traduction de David Cohen)


Les Israéliens peuvent avoir l'impression de vivre un autre déja-vu politique , où les seuls choix qui s'offrent à eux sont un gouvernement de droite dirigé par le Premier ministre Benyamin Netanyahou ou bien le spectre d'une cinquième élection en moins de deux ans et demi.


Mais chaque élection change la carte politique d’Israël et donc son avenir. Voici sept nouveaux facteurs tirés du scrutin de cette semaine.


Un parti arabe devient un faiseur de rois

L'absence de partis israélo-arabes appartenant au gouvernement depuis plus de 40 ans a fait en sorte que leurs partis et leurs programmes politiques se trouvent en périphérie de la politique israélienne.


L'échec des partis de gauche à former un gouvernement ces dernières années repose en partie sur leur incapacité à franchir ce qui était devenu un Rubicon de la politique israélienne : la présomption que les partis israélo-arabes ne pouvaient pas faire partie d'une coalition.

Sans les partis israélo-arabes, il est impossible de former une coalition de gauche ou de centre-gauche, ce qui a permis à la droite israélienne, dirigée par le Premier ministre Benyamin Netanyahou, de rester au pouvoir.


Lors des précédentes campagnes électorales, Netanyahou avait mis en garde contre l'établissement d'un gouvernement de gauche où les Arabes israéliens contrôleraient l'agenda pour diriger le pays.


Cette fois, il a indiqué que pour former une coalition, il envisagerait de s’appuyer sur le chef du parti Ra’am (un parti conservateur islamiste), Mansour Abbas, comme partenaire extérieur d’une coalition étroite d’un peu moins que les 61 mandats requis. On pourrait même affirmer que le soutien de Netanyahou au parti religieux sioniste avec son politicien d'extrême-droite Itamar Ben-Gvir a été conçu pour apaiser les critiques s'il faisait une telle démarche.


Le signal de légitimation donné par Netanyahu, aussi léger soit-il, à l’égard de Ra’am a brisé un gel de quatre décennies, et a soudainement rendu acceptable l’idée d’un parti israélo-arabe au sein d’une coalition.


Ni Netanyahou ni Lapid, le chef du parti centriste Yesh Atid, ne peuvent former un gouvernement sans lui. Cela signifie que le parti d’Abbas, avec seulement quatre mandats, l’a placé au cœur du drame politique du pays, déplaçant les Arabes israéliens et leur programme de la périphérie vers le centre de la scène.


Gantz montre qu'il est là pour rester

Il peut sembler étrange de considérer qu'un homme qui a dirigé un parti parapluie, qui a été au coude à coude avec Netanyahou pendant trois élections et qui a réussi à négocier une rotation pour être Premier ministre avec Netanyahou - qui déteste partager le pouvoir - pourrait alors disparaître de la carte politique.


Pourtant, les experts politiques avaient prédit que Gantz - dont le parti parapluie de 33 mandats lors de l'élection de 2020 s'est effrité lorsqu'il est entré dans la coalition de Netanyahou en 2020 - ne rassemblerait pas suffisamment de votes pour entrer à la Knesset.

Le problème, en particulier, était la promesse non tenue par Gantz en 2019 et 2020 de ne pas se joindre à Netanyahou, alors qu’il a finalement cédé et négocié un accord avec lui. On pensait alors qu’il avait tellement perdu la confiance du public que personne ne voterait pour lui, même s’il se présentait comme un politicien le mieux placé pour bloquer le programme de droite de Netanyahou.


Les bons résultats de Gantz le confirment en tant que politicien de premier plan combiné à son histoire d’ancien chef d’état-major de Tsahal, et font de lui un politicien d’influence apte à appuyer n’importe quelle coalition. Bien qu'il se soit aligné sur le camp anti-Netanyahou, comme par le passé, il s'est également présenté comme quelqu'un capable de lui tenir tête de l'intérieur ou de l'extérieur.


Les partis de gauche reprennent vie

Lors des élections de 2020, les partis combinés de gauche du parti travailliste, du Meretz et d'une politicienne indépendante, Orly Levy-Abekasis du parti Gesher, n'ont remporté que sept sièges. Ce fut la plus basse performance jamais enregistrée pour la gauche israélienne dans une élection.


Les sondeurs n'ont d'abord donné ni au Meretz ni au Parti travailliste une chance de franchir le seuil, puis ont prédit que le Parti travailliste entrerait à la Knesset et que le Meretz serait anéanti.


Au lieu de cela, les deux partis ont repris vie, le Meretz dirigé par M. Nitzan Horowitz recueillant six sièges et le Parti travailliste dirigé par Mme Merav Michaeli en recevant sept, pour un total de 13 sièges.


Les petits partis dominent

Ceux qui veulent une réforme électorale ont souvent évoqué le besoin d’avoir de grands partis, la capacité d'un petit parti de dominer l'ordre du jour étant remise en question.

Même sans cette réforme, le Likoud et Le parti Bleu et blanc de Gantz ont recueilli plus de 60 voix combinées lors des trois élections tenues en 2019 et 2020, laissant la place à quelques autres partis. Cette fois-ci, les électeurs se sont divisés en 13 partis, dont neuf n'avaient que quatre à sept sièges. Il n'y a jamais eu autant de petits partis depuis 2003.


Résurgence du sionisme religieux

Les Sionistes religieux dirigés par Betzalel Smotrich, ouvertement de droite, qui, pendant deux élections, avaient été relégués au second plan derrière le parti Yamina plus centriste de Naftali Bennett, se sont libérés du joug du parti Yamina et ont prouvé que Smotrich avait à lui seul une influence politique en obtenant six sièges.


Lors des élections d'avril 2019, une forme initiale du parti appelée Union des partis de droite avait reçu suffisamment de votes pour siéger à la Knesset, mais un gouvernement n'a jamais pu être formé.


Aujourd’hui, un mouvement qui avait été autrefois lié à la philosophie religieuse nationale sioniste plus centriste est revenu à l’avant-scène en tant que parti le plus extrémiste de droite. Il s’est associé au parti ultra-nationaliste Otzma Yehudi d’Itamar Ben-Gvir, souvent considéré comme le successeur légal du parti interdit Kahaniste Kach. C'est un triomphe particulier pour le parti Otzma Yehudi, qui a tenté de se présenter à la Knesset pour la première fois en 2013.


Netanyahou a fait campagne pour ce parti extrémiste, la condition en étant qu'il entrerait dans la coalition. On s'attend à ce qu'il aide Netanyahou à contrecarrer toute pression internationale visant à modifier un programme favorable aux colons.


Bennett est autonome

Le chef du parti de droite Yamina, Naftali Bennett, n’a pas réussi à devenir le principal rival de Netanyahou, une place pour laquelle il avait fait campagne et que Lapid lui a ravie en obtenant 17 sièges.


Au lieu de cela, il a gagné sept sièges, le cinquième parti en nombre de sièges, après avoir fait campagne sur des questions nationales mondiales telles que la COVID-19 et l'économie, tout en traitant les questions liées aux colonies comme une préoccupation presque secondaire.


Lorsqu'il s'est présenté pour la première fois sans la faction religieuse nationale en avril 2019, il a été anéanti. Pendant deux élections, il s'est présenté avec eux, puis s'est séparé, pour émerger avec suffisamment de soutien pour élargir sa base et devenant ainsi un homme politique avec un grand potentiel pour l'avenir.


Un mandat pour Netanyahou de diriger

L'élection a permis à Netanyahou de remporter une victoire éclatante, non pas à cause du nombre de mandats - 30 - qui était le plus bas qu'il ait reçu lors des quatre élections au cours des deux dernières années. Mais cela a confirmé qu'il était toujours le politicien le plus populaire sur la scène israélienne.


Il s'est démarqué du peloton de 13 partis par une marge de 13 sièges, par rapport au prochain plus grand parti, Yesh Atid, qui a reçu 17 mandats au dernier décompte.

Au cours des sept campagnes que Netanyahou a menées au cours de sa carrière, pour le poste de premier ministre, il n'a jamais vaincu aussi complètement la concurrence. Parfois, il est arrivé deuxième ou n'a survécu que parce qu'il était dans un groupe mixte. C’est une victoire particulièrement stupéfiante pour un homme qui doit être jugé pour corruption.

Cet écart de réussite lui confère un mandat clair de leadership tant au niveau national qu'international. C'est une situation unique pour un pays d'avoir un gouvernement pour seulement sept mois sur une période de deux ans.


La persévérance de Netanyahou à chaque élection lui a permis de continuer à représenter Israël sur la scène internationale en tant que Premier ministre avec presque le même pouvoir que s’il était à la tête d’un gouvernement. Le résultat de mardi renforcera ce rôle au cours de la période de négociation qui suivra pour former un gouvernement.


Note de David Cohen: Je considère les qualificatifs utilisés par l’ auteur de l’ article trop modérés pour qualifier les partis de droite. Ainsi, je considère le parti Yamina comme étant religieux d’extrême-droite plutôt que centriste car le parti promet d’annexer 60% de la Cisjordanie et d’affaiblir la Cour suprême afin de donner à la droite, souvent majoritaire à la Knesset, une plus grande liberté pour légiférer sans contrainte contre la minorité arabe israélienne ou de coloniser et annexer les territoires occupés. Quant au parti Otzma Yehudi, en plus d’ être ultra-nationaliste, il est aussi ultra-religieux et intolérant.

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