Une victoire diplomatique pour Nétanyahou

Auteur : David Cohen, Publié dans Le Devoir, 24 Aout 2020


L’accord historique entre Israël et les Émirats arabes unis (EAU) promet la suspension de l’annexion par Israël d’une partie de la Cisjordanie en échange de la normalisation des relations entre les deux pays. Cette entente pourrait changer la donne dans les relations entre Israël et les pays arabes en plus de chambouler la dynamique de négociation de paix entre Israël et les Palestiniens.


Depuis la montée de la menace iranienne et du terrorisme islamiste dans la région, les EAU et Israël ont noué des relations officieuses touchant le partage du renseignement et la vente de produits de haute technologie par Israël. Cet accord prévoit élargir la collaboration entre les peuples dans les secteurs économique, social et culturel, contrairement aux accords de paix entre Israël et l’Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994 qui se limitaient pour l’essentiel à la coopération touchant les questions de sécurité.


Rien n’est tout à fait acquis

Selon le PM Netanyahou, le projet d’annexion est « suspendu temporairement » mais « demeure sur la table », une position contredite par Jared Kushner, l’architecte du plan de paix Trump. Ce dernier a déclaré qu’ « Israël n’ira pas de l’avant sans le consentement des EU qui ne prévoient pas donner leur consentement pour un bout de temps ». Cela signifie qu’il n’y aura pas d’annexion d’ici les élections américaines de Novembre et un bout de temps après.


Les gagnants

Les grands gagnants de cet accord sont Trump, Netanyahou et Muhamed bin Zaidi, le chef des EAU.


Trump promeut déjà cette victoire diplomatique qui a été bien accueillie aux EU, même chez les démocrates.


C’est aussi une victoire diplomatique pour Bibi qui s’inscrit dans sa stratégie de long terme visant à créer des alliances avec certains pays arabes afin de contrer la menace iranienne dans la région. Selon lui, cette alliance serait un préalable à un accord de paix avec les Palestiniens car elle viserait à réduire « l’intransigeance palestinienne» dans les négociations de paix comme par exemple le retour des réfugiés palestiniens en Israël. Cet accord a aussi été très bien reçu par la population israélienne.


Cette entente est importante pour les EAU car cela pourrait accroitre leur influence auprès de l’administration américaine afin d’obtenir de l’armement sophistiqué et le soutien américain dans leurs actions militaires à l’étranger. Cet accord a été bien accueilli par une bonne partie de la communauté internationale dont le Canada et plusieurs pays arabes et musulmans tels que Bahrein et Oman.


Les perdants

Les grands perdants sont les Palestiniens, surtout l’Autorité palestinienne (AP). Même si l’annexion a été stoppée pour un bout de temps, un gain réel pour l’AP, le temps joue en faveur de la colonisation qui devrait se poursuivre et pourrait mettre en danger la viabilité d’un état palestinien, tel le projet de développement de la zone E1 approuvé par le gouvernement israélien qui menace la contiguité entre le nord et le sud de la Cisjordanie.

Les pays et leurs alliés pro-islamistes comme l'Iran, la Turquie, le Hamas, les Houthis du Yémen et le Hezbollah ont sans surprise fustigé l'accord. Si d'autres États arabes imitent le geste des EAU, l'Iran se sentira menacé par l'influence croissante de l'État hébreu dans la région.


Les autres perdants, ce sont les colons, alliés objectifs de Bibi dans le projet d’annexion qui crient à la trahison et promettent de chasser Netanyahou du pouvoir.


Les retombées

Cet accord crée une première brèche dans l’initiative arabe de paix de 2002 qui propose de normaliser les relations entre le monde arabe et Israël mais seulement en échange d'un retrait complet d'Israël des territoires occupés et de la création d’un état palestinien. Si la normalisation fait tache d’huile dans d’autres pays arabes, tels que Bahrein et Oman et peut être le Soudan, cela devrait affaiblir encore plus l’AP et son chef Abbas et accélérer la marginalisation de la cause palestinienne.


De plus en plus de personnalités palestiniennes et arabes critiquent l’approche de négociation du « tout ou rien » de l’AP et implorent l’adoption d’une approche plus pragmatique. Rappelons que l’AP a manqué de saisir dans le passé des occasions réalistes de paix. Ainsi Arafat a refusé les offres de Clinton en 2000, geste qu’il a regretté publiquement, tandis qu’Abbas a ignoré des offres encore plus généreuses du PM israélien Olmert en 2008, contre l’avis de son négociateur en chef Saeb Erekat et en 2014, Abbas a choisi d’ignorer le plan de paix d’Obama permettant à Netanyahu de s’en tirer à bon compte en n’ étant pas le premier à le refuser.


Selon Erekat, cet accord « va tuer la solution à deux États ». Peut-être a-t-il raison. Mais Il est possible que l’accord « tue» aussi l’approche jusqu’ auboutiste déconnectée de la réalité prônée par Abbas. Tant que la colonisation ne menace pas les intérêts de l’Occident et qu’Abbas maintient ses demandes maximalistes, le statu quo continuera de jouer en faveur de la droite israélienne et des annexionnistes.

#Normalisation, #Bahrein, #Oman, #Israël

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